08 تشرين الثاني 2021
Troubles en Irak : quel impact sur le Liban ?
L orient le jour
Troubles en Irak : quel impact sur le Liban ?

Même si Beyrouth et Bagdad partagent des problématiques similaires en géopolitique, le risque de contagion ne serait pas systématique.

L’histoire a prouvé que le Liban est une caisse de résonance où viennent se répercuter les moindres remous provoqués dans la région. Après l’annonce, hier matin, de la « tentative d’assassinat ratée » du Premier ministre irakien Mostapha al-Kazimi, sorti indemne d’une attaque au drone piégé, un premier réflexe typiquement libanais était de s’interroger sur l’impact potentiel sur le Liban de ce nouveau round de violences. La tentation d’établir le parallèle s’impose d’autant plus que le profil des acteurs en Irak et au Liban, les équilibres en présence et la guerre des axes sur ces deux territoires sont, à de nombreux points de vue, similaires. Même si aucune partie n’a encore revendiqué cette attaque, la tentation de l’imputer aux milices pro-iraniennes est grande.

Mostapha al-Kazimi était à couteaux tirés avec les milices pro-iraniennes sur fond de contestation, orchestrée par les partis pro-iraniens, des résultats des élections législatives du mois dernier. Un scrutin qui a démontré un net recul des Forces de mobilisation populaires pro-iraniennes.

Malgré un contexte différent, le Hezbollah peut craindre non pas un scénario similaire mais une perte de popularité au sein de sa base lors des prochaines législatives prévues en principe le 27 mars prochain. « Plus on se rapproche de la date des élections et que se corse le débat politique sur la pertinence de tenir ce scrutin, plus le risque d’un retour de la violence au Liban est élevé », décrypte Mohannad Hajj Ali, chercheur au Carnegie Middle East Center.

Des appréhensions qui rejoignent d’ailleurs celles des forces de l’opposition et de certains analystes qui craignent que la prochaine consultation électorale – que la communauté internationale défend bec et ongles – ne constitue en quelque sorte le point de bascule comme cela s’est produit en Irak.

Le mécanisme démocratique qui a interverti les équilibres en présence dans le sens d’un projet national et d’une propension à la neutralité de l’Irak est sans doute l’un des facteurs qui explique le recours à la violence pour faire avorter cette évolution, estime Ziyad el-Sayegh, expert en politiques publiques.

De plus en plus encerclé dans la région, du fait notamment de ses actions considérées subversives dans le monde arabe, l’Iran tout comme son affidé au Liban, le Hezbollah, sont sur la défensive et sortent les griffes. En Irak, et malgré la défaite électorale subie par ses milices, Téhéran s’affirme et envoie un message musclé à M. Kazimi. Au Liban, que ce soit dans le dossier de l’explosion au port de Beyrouth, des incidents de Tayouné ou de la guerre médiatique faite à l’Arabie saoudite, le Hezbollah hausse le ton et montre ses crocs, pour rappeler qu’il reste le maître du jeu en définitive. À l’ombre des bouleversements géopolitiques dans la région, le parti chiite pourrait ainsi craindre un retournement de situation à son désavantage à l’issue des prochaines législatives, une échéance-clé. Il chercherait notamment à éviter le scénario de 2009, lorsque les forces du 14 Mars opposées au Hezbollah ont raflé les élections.

Un avis que ne partage pas nécessairement le chef du bureau politique du courant du Futur Moustapha Allouche, qui tient à rappeler que la configuration des équilibres politico-communautaires est différente au Liban, où le tandem chiite est assuré de sa victoire dans ses localités, ce qui n’est pas le cas en Irak où cette communauté est scindée. « Le camp pro-iranien pourrait perdre quelques sièges lors des législatives au Liban mais cela ne changera pas pour autant son poids et sa place au sein de la communauté chiite », indique M. Allouche.

L’enjeu du nucléaire
Pour le courant du Futur, ce serait plutôt en relation avec les pourparlers de Vienne, sur le nucléaire iranien, qu’une recrudescence de la violence pourrait éventuellement être envisagée au Liban comme ailleurs. Pour l’instant, et tant que le Hezbollah considère qu’il maîtrise les rouages du gouvernement et du pays en général, un langage plus musclé ne lui est pas immédiatement nécessaire.

Il faudra attendre de voir comment vont se décanter les pourparlers à Vienne et si les intérêts en jeu seront menacés, notamment ceux du camp iranien, pour prédire si le Liban se dirigera vers plus de chaos, fait-on valoir dans ces milieux.

La tentative d’assassinat de M. Kazimi intervient dans un contexte de regain des tensions régionales juste avant la reprise des négociations sur le nucléaire iranien prévues le 29 novembre, poussant les protagonistes à accentuer la pression sur les parties adverses dans leurs zones d’influence afin d’avancer leurs pions.

« Vienne ou pas, l’Iran est en train de marquer les points sur le terrain à sa façon », commente le chef du Parti socialiste progressiste au Liban, Walid Joumblatt. C’est, dit-il, le cas en Syrie, en Irak, au Yémen mais aussi au Liban

Mohannad Hajj Ali ne peut d’ailleurs s’empêcher de faire un parallèle édifiant avec l’incident du mois d’août 2013 au Liban, lorsqu’une roquette de type Katiousha avait atteint le palais présidentiel du temps où Michel Sleiman était président. Ce dernier venait juste de critiquer l’ingérence du Hezbollah en Syrie. Peu de temps après, et après avoir évoqué la nécessité de définir une stratégie de défense destinée à résoudre le dossier de l’arsenal du Hezbollah, des tirs d’intimidation en provenance de la banlieue sud avaient également touché le palais de Baabda, se souvient un proche de l’ancien chef de l’État.

À l’époque, le Hezbollah n’avait pas vraiment été pris en flagrant délit. Ce qui lui laissait une marge de manœuvre pour retourner l’accusation contre ses adversaires, comme c’est souvent le cas. À l’instar de l’Iran qui a imputé la responsabilité de l’attaque de Bagdad aux États-Unis et à ses alliés dans la région, le Hezbollah a suivi la consigne et a vivement dénoncé un acte de « traîtrise » et pris les devants en réclamant une enquête pour que les auteurs soient démasqués.

Pour le camp du 14 Mars, qui se souvient encore de la série noire des attentats politiques survenus dans le prolongement de l’assassinat de Rafic Hariri en février 2005, la violence au Liban n’a jamais véritablement cessé depuis. Le lien de cause à effet ne doit pas être nécessairement établi avec ce qui se passe en Irak, même si les méthodes d’intimidation se ressemblent. Allusion faite à l’axe syro-iranien, accusé d’être derrière la chaîne des attentats qui endeuillent le pays depuis plus d’une décennie.

« Nous en sommes à notre 36e assassinat après Rafic Hariri », souligne Walid Joumblatt. Dans ce décompte, il fait figurer notamment ce qu’il appelle « l’assassinat collectif » fomenté dans le cadre de l’explosion au port de Beyrouth du 4 août 2020 et la série d’assassinats de personnalités liées à ce même dossier et qui ont culminé avec celui de l’activiste et intellectuel Lokman Slim, un farouche opposant au Hezbollah. « L’intérêt du Liban est de s’éloigner de tous les remous géopolitiques et de se concentrer uniquement sur les quelques projets constructifs en cours. Notre devoir est de survivre en ce moment », conclut le chef du Parti socialiste progressiste.https://www.lorientlejour.com/article/1280782/troubles-en-irak-quel-impact-sur-le-liban-.html
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